Est-ce ainsi que les vers de terre vivent ?

Ne perdons jamais de vue que les vers de terre ne se nourrissent pas de terre ! Et dans un système agroécologique, permaculturel ou naturel, les plantes qui nous nourrissent, ou nourrissent les animaux que nous mangeons, se nourrissent grâce aux habitants du sol, dont les vers de terre.

🪱 Publié le 11 septembre 2022 à 5:00
Saison 1 épisode 2 ⏰ Lecture 6 min.
Épisode précédent : Épicentre mondial du ver de terre, une histoire méconnue

  • Manger pour se reproduire
  • Le secret des « cabanes à vers de terre. »
  • Tous les vers de terre n’ont pas le même régime alimentaire
  • La faim, première cause de mortalité
  • Un monde pluriel

Eh oui, comme les vaches ou les lapins, les vers de terre se nourrissent des bonnes et « mauvaises » herbes, cultivées ou sauvages, fraîches ou décomposées. Autrement dit, de la matière organique présente dans le sol. Mais pas seulement, ils se nourrissent aussi des microbes ! Et ils sont nombreux sous nos pieds : une cuillère à soupe de sol vivant contient en moyenne plus de vies que l’ensemble de l’humanité ! Jusqu’à 5 tonnes à l’ha de microorganismes, 5 fois plus que de vers de terre en moyenne.

Ils ont besoin de manger pour se reproduire !

S’alimenter pour vivre, une évidence qui doit être sans cesse rappelée, tant l’idée qu’ils se reproduiraient sans accouplement et par division, voire spontanément, fait encore rage. Comme n’importe quel animal, les vers de terre doivent être régulièrement nourris pour rester en bonne santé. D’ailleurs, c’est la quantité de nourriture disponible dans le milieu qui en régule le nombre. Et quand celle-ci est abondante, on dit qu’il est poissonneux ou giboyeux, ou fertile pour un sol. Et moins il est fertile, plus les espèces régressent par manque de nourriture, régressant parfois jusqu’à leur disparition définitive.

Avant les engrais chimiques,
et la spécialisation des exploitations agricoles,
tous les agriculteurs nourrissaient de facto la vie dans leurs sols.

En effet, entre 2 cultures pour nourrir les Hommes, ils en intercalaient une autre pour nourrir la vie souterraine. Une technique agricole qui remonte à l’Antiquité, et qui leur a permis, avec les fumiers et le recyclage de tous les déchets de culture, les rotations et les jachères, de protéger la fertilité de leurs sols. Pour aller plus loin : L’engrais vert, un engrais sous forme de plantes. Aujourd’hui, cet engrais n’est plus utilisé pour nourrir, mais pour faire du biogaz et de l’électricité.

Tous les vers de terre n’ont pas le même régime alimentaire

À l’exemple des Eisenia, ces lombrics qui vivent principalement dans les composts et les fumiers, des détritivores qui consomment des déchets verts ou en état de décomposition. À l’inverse des endogés, plutôt pâlichons ou verdâtres, qui ne sortent jamais la tête du sol, passant leur vie à s’en gaver. Et de cette terre avalée, ils se nourrissent des microbes et de la matière organique carbonée.

150 espèces de lombrics rien qu’en France, 400 dans le sous-sol européen, 7 000 voire plus dans le monde, tous ne mangent pas la même chose. Certains sont même omnivores, comme notre star du sol, le lombric terrestre ! Ma star dans l’Eloge du ver de terre... 😊 Tête rouge foncé et queue plate, on le rencontre parfois dans l’herbe humide des petits matins frais. Un ver qui, outre de vivre dans un terrier et de s’y aménager une petite « chambre » ornée de cailloux ou de graines, sait cultiver sa nourriture ! Et pour cela, il la composte pour en tirer le meilleur profit.

Le secret des « cabanes à vers de terre. »

Internet et les réseaux sociaux ont largement colporté que les vers de terre construisaient des cabanes pour se protéger. Et effectivement, tout portait à le croire, puisque ces amas de feuilles, spatialement organisés, sont disposés à l’aplomb de leur terrier. Comme pour en dissimuler l’entrée.

Mais voilà, le secret de ces « cabanes » a été percé en 1973. Et c’est l’Institut pour le film scientifique de Göttingen, en Allemagne, qui en a apporté la preuve visuelle et irréfutable. Pas de cabane, juste l’étape qui précède l’enfouissement de la matière organique ! Un extrait du film.

Quand la nourriture se fait rare, certaines espèces vont glaner sur le sol : feuilles, brindilles, plumes… et même papier ! Mais comme elles ne peuvent pas s’en nourrir en l’état, elles vont la composter comme nous compostons nos déchets de cuisine. Pour cela, les lombrics les tirent à l’intérieur de leurs galeries afin que les bactéries et les champignons les décomposent, les prédigèrent ; les champignons étant par ailleurs les seuls organismes capables de digérer la lignine du bois.

La faim, première cause de mortalité

Nous savons tous que dans un sol profondément labouré, et « généreusement » arrosé de pesticides et d’engrais chimiques, les vers de terre ne font pas long feu. En revanche, nous savons moins qu’il y a tellement pire que la charrue, comme tous ces outils agricoles rotatifs, style rotavators et herses rotatives. Nous savons moins que les insecticides néonicotinoïdes sont aussi toxiques pour les vers de terre que les abeilles, et que la toxicité des pesticides n’est toujours pas évaluée sur les vers de terre lors du protocole d’homologation.

Toutes ces causes s’ajoutent et s’entretiennent toutes les unes les autres, mais une les domine toutes, c’est la faim. La première cause de mortalité des vers de terre, c’est le manque de nourriture.

En conclusion,
le monde des vers de terre est pluriel

Pluriel, diversifié, multiples, mais nous continuons de croire qu’ils seraient tous issus du même moule ; qu’ils seraient monoblocs et gluants, alors que leur peau est si douce et agréable. Et au titre des urgences, la première est de les nourrir, la seconde d’arrêter de croire que leur habitat est éternel. Mais là, ma petite voix intérieure me dit que je pars de trop loin… 🤣

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