Le ver de terre est-il (vraiment) cannibale ?

Mange-t-il de la viande comme un cannibale, ou bien est-il aussi inoffensif que la vache qui paît, re-paît et repeint les paysages avec sa longue langue râpeuse ? En d’autres mots, un ver de terre se laissera-t-il mourir de faim face à une entrecôte à point ?

Définition. Est cannibale, l’espèce qui mange ses semblables. Reste à définir le mot semblable. Les mammifères, dont les femelles partagent toutes d’avoir des mamelles, sont-ils pour autant des semblables ? Par contre, la mante religieuse n’est pas cannibale au sens strict quand elle fait l’amour, car elle ne mange que les mâles, et généralement que la tête. Un cannibalisme manifestement genré !

Quant à l’abeille à miel, elle n’est pas du tout cannibale, même si le mâle connait le même sort. En échange de garder sa tête sur les épaules, la jeune reine lui confisque juste ses bijoux de famille… Aie 😁

🪱 Publié le 2 octobre 2022 à 6:10
Saison 1 épisode 4 ⏰ Lecture 6 min.
Illustration : Marc Giraud
Épisode précédent : Contrairement à la poule, le ver de terre abandonne ses œufs

  • Un point de vue n’est que la vue d’un point
  • Cannibale or not cannibale ?
  • Actualité

On sait que les endogés, ces vers de terre plutôt pâlichons qui passent leur vie à se gaver de terre pour en digérer les maigres éléments nutritifs, ont peu de chance de manger de la viande. Sauf par mégarde, bien évidemment. On peut avaler un moucheron un soir d’été en faisant du vélo, sans pour autant aimer s’en repaître. En revanche, une grosse loche rouge, qui tombe sur une collègue qui vient de rendre l’âme sous ses yeux, s’en délectera avant de poursuivre son chemin. Mieux… j’en ai même croisé une l’année dernière en train de saigner à mort un pauvre ver de terre qui se débattait pour ne pas perdre sa vie. Savait-il qu’il n’en avait qu’une ❓Franchement, je n’ai pas osé lui demander, tant il était déjà très occupé à sauver la sienne. Certains diront que c’est la nature, un point de vue non partagé par le ver de terre à cet instant 😒

UN POINT DE VUE N’EST QUE LA VUE D’UN POINT

Même les disciples de la terre plate trouveront que quelque chose ne tourne pas rond. Est-ce par provocation, notre planète tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre ? Bizarre, alors qu’il aurait été si simple qu’elle se calque sur notre horloge ! Question de bon sens. Quand un couple ne va pas dans le même sens, l’histoire se termine toujours comme dans un rondpoint à double sens.

Bref, plate ou ronde, n’empêche que la nature est si bien faite que le bien et le mal n’y ont pas leur place. Et à tel point, qu’aucun être vivant ne soit nuisible : c’est seulement sa proportion dans un écosystème qui le rend nuisible à l’égard des autres espèces. Notez que l’espèce humaine est rarement vue comme un auxiliaire par les autres. Y’a bien que les poulets simples d’esprit pour encore croire que la fermière leur donne du grain par amour.

À force de râler, comme si la vie n’était pas satisfaisante, on finirait par oublier que nous avons cette chance inouïe d’être en même temps le bon, la brute et le truand. Tout dépend du point de vue : plongé dans la fosse aux lions, ou tranquillement installé dans les gradins à les regarder. Par exemple, difficile pour le taureau trucidé de voir la corrida comme un spectacle vivant. Désolé, je m’égare. Par exemple, le ver de terre voit d’un bon œil le renard se faire une poule, voire 2 ou tout un poulailler, parce qu’elle est l’un de ses plus redoutables prédateurs.

Avec ses pattes écaillées et ses 3 doigts à l’avant, et son quatrième à l’arrière, comme le terrible Tyrannosaurus, l’un des plus grands carnivores que la Terre ait jamais portés, je ne serai pas étonné qu’ils soient cousins. Ça renifle la parenté. Il suffit d’observer avec quelle hargne une poule aime se repaître des boyaux d’une camarade partie au four. Bref, une poule n’a rien à faire dans un jardin si l’on chérit ses laboureurs et la vie du sol.

Cannibale or not cannibale ?

Autant un ver de terre peut se régaler de voir maître goupil en plumer une, autant de savoir que le renard comme la poule sont des omnivores opportunistes ne le rassure pas beaucoup quant à un avenir radieux ! Un renard qui, faute de poule, se remplira le ventre de sa rencontre avec un ver de terre paisiblement en train de brouter comme une vache ! Et, chrono en main, le canidé peut en siffler jusqu’à 4 à la minute.

Quant à Charles Darwin, il écrit dans son éloge aux vers de terre publié en 1881 : « Des morceaux de viande crue fraîche, mets dont les vers sont très friands, avaient été enfouis…/ Des pièces de viande crue et d’autres rôties furent plusieurs fois fixées par de longues aiguilles à la surface du sol dans mes pots, et toutes les nuits on pouvait voir les vers les tirailler ; ils suçaient les bords des pièces et en consommèrent ainsi une bonne portion. La graisse crue semble être préférée par eux même à la viande crue et à toutes les autres substances qui leur furent données, et ils en consommèrent beaucoup. Ils sont cannibales, car les deux moitiés d’un ver mort ayant été placées dans deux des pots, elles furent traînées à l’intérieur des galeries et grignotées… » (texte complet à retrouver dans Sauver le ver de terre)


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Actualité

J’ai reçu cette semaine un collègue qui prépare un bel article sur les vers de terre. Faut dire que leur Journée mondiale approche. C’est le 21 octobre prochain. Hé, n’hésitez pas à interpeller vos médias locaux pour qu’ils en parlent ce jour-là. Car plus on en parlera, plus nos politiques prendront conscience de la nécessité de lui donner un statut juridique. J’ose rappeler qu’à cette heure, juridiquement, le ver de terre et son habitat n’existent pas. C’est couillon, car notre nourriture provient de là où il habite !