Une belle bouse cette journée mondiale des vers de terre 2022

Je vous le dis, c’est ma dernière journée mondiale des vers de terre ! Outre que pourrait venir mon tour : “Viendra mon tour, où moi aussi, je glisserai sous la surface, pour te rejoindre sans détour, je ferai don de ma carcasse…”, Grand prix du Lombric d’or 2022, à écouter sur YouTube.

Je suis fatigué de faire l’attaché de presse pour presque rien, d’envoyer quantités de mails et autant de coups de fil pour motiver mes confrères à profiter de cette journée pour parler d’eux. Et sous couvert, de parler de l’avenir des sols qui nous nourrissent et de l’alimentation de demain. Beaucoup auraient aimé, mais pas leur chef… Motif : il y a d’autres sujets plus intéressants que de savoir ce que mangeront demain nos enfants. En d’autres mots : À chacun sa merde !

🪱 Publié le 23 octobre 2022 à 6:30
Saison 1 épisode 6 ⏰ Lecture 6 min.
Suite de l’article : Le Grand prix du Lombric d’or est attribué à
Épisode précédent : PLATHELMINTHES. 4 ans après l’invasion

  • Mille mercis
  • Pas merci
  • Une bouse, c’est la promesse d’un avenir fertile
  • À chacun sa merde

Mille mercis

Mille mercis à l’HUMA, seul média à avoir eu le courage de relayer que la disparition des vers de terre est un problème politique. Pas un problème d’agriculteurs, un problème de climat intellectuel, le même à l’origine du réchauffement climatique. Milles mercis à Denis Cheissoux de France Inter pour son bel hommage à nos camarades, et dix milles mercis au Populaire du Centre qui a consacré 3 pages aux vers de terre dont la une.

Pas merci !

À La Dépêche du midi qui écrit que 95 % des vers de terre sont tués par la charrue : une manière d’innocenter les pesticides et d’enfoncer l’agriculture bio. Pas merci à Géo qui s’obstine à croire que les plathelminthes ravagent les populations de vers de terre ! Et qui s’inquiète qu’il n’y a pas de pesticides pour les détruire !!! Pas merci à tous les médias orientés écologie, nature et environnement : aucun n’ayant eu le moindre regard sur le ver de terre ou son habitat ce jour-là.

Et cerise sur le gâteau, ma tribune sous forme de lettre ouverte au Président Macron : le sol n’est pas une matière inerte, mais un milieu vivant, a été refusée à la publication. Un texte où j’argue qu’en remplaçant l’intestin des vers de terre par la chimie il y a 50 ans, au nom du progrès, aujourd’hui les rendements agricoles stagnent voire régressent en dépit des progrès ! Le système est à bout de souffle. Extrait : « Pendant des siècles, nous avons cru que le soleil tournait autour de nous pendant que les vers de terre mangeaient soi-disant les racines des plantes ! Aujourd’hui, les pouvoirs publics et la majorité du monde agricole s’obstinent à nier que le sol est un puissant écosystème à l’origine de la vie sur la terre ferme, préférant croire que l’avenir est dans la chimie et le génie humain. Et cette croyance du sol inanimée est si ancrée dans le climat intellectuel…»

Une belle bouse,
c’est la promesse d’un avenir fertile

La bouse n’est ni de la merde ni un déchet. Une bouse fraîche fait vivre des centaines d’insectes et des milliers d’espèces, une bouse méthanisée en gaz écologique ne fait vivre que les actionnaires des multinationales de l’énergie. Il existe plus de 130 espèces de bousiers, ces coléoptères spécialisés dans leur recyclage, sans parler des mouches et autres invertébrés, les vers de terre n’étant pas les derniers… Bref, une bouse, c’est un écosystème et une promesse de fertilité qui ne réclame ni énergie ni argent.

À chacun sa merde

Vendredi, pour sa contribution exceptionnelle à la connaissance des sols et des vers de terre, un LOMBRIC d’honneur a été attribué au professeur Patrick LAVELLE. Cf. Art. Ci-après, je vous partage un magnifique texte qu’il m’avait adressé en début d’année.

À chacun sa merde. « Dans la nature, chacun, de la bactérie aux plantes et aux animaux, emprunte les nutriments dont il a besoin, rejetant poliment ce qu´il n’a pas utilisé sous différentes formes gazeuses, liquides ou solides, que les autres pourront réutiliser. On ne s´appesantira pas ici sur le comportement aberrant de l´humain qui dépose ses productions dans de l´eau potable, purifiée à grands frais et l´envoie par des circuits pervers dans les eaux et les océans et non pas vers les sols où ils avaient été prélevés.

Avec le ver de terre, on parlera de turricules, petits tortillons gracieux moulés par leurs anus dont l’importance écologique surprend. Les vers roses mangeurs de terre digèrent tous les jours de 1 à 5 fois leur propre poids de terre et la rejettent sous forme de turricules déposés à 90% dans le sol superficiel. C´est plusieurs centaines de tonnes qui sont ainsi apportées chaque année dans les sols en bon état. Ces structures, qui ont la vie dure, constituent la moitié du volume du sol superficiel.

Frais, ces turricules sont une source importante de nutriments immédiatement disponibles, riches notamment en phosphate et en ammonium : jusqu´a 50 kg d’azote par ha et par an sont ainsi déposés là et quand il le faut, pour que les racines l´utilisent sans pertes.

Le turricule se consolide rapidement en s´asséchant et devient ce macro agrégat stable qui donne au sol sa structure grumeleuse. Riche en matière organique et en particules fines, il est recouvert d´une pellicule microscopique hydrophobe qui limite l´entrée de l´eau et de l´air. L´activité microbienne y est très ralentie et la matière organique qu´il contient sera protégée de la minéralisation, le temps qu´il durera, parfois plusieurs années. Ces agrégats sont les coffres-forts climatiques où est retenu le carbone. Soignons les vers de terre et les sols agricoles qui ont perdu jusqu´à la moitié de leur carbone, et ils redeviendront les auxiliaires attendus dans notre lutte contre le réchauffement climatique. » Patrick Lavelle. 15/01/2022


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